Les perturbations psychiques qui accompagnent la pandémie de la Covid 19

Le confinement, la sédentarité, le changement brusque du rythme de vie ne peut qu’affecter notre psychique, et développer des maladies.  Nous avons demandé conseil à une professionnelle de  santé, qui nous a répondu une fois encore avec enthousiasme et disponibilité pour généraliser ses conseils.

Membre de la cellule d’écoute et d’aide psychologique aux addicts et à leurs familles, et de l’association  “Croissant vert” marocain sous #dir_li_3lik. Dr Noura KADIM nous parle cette semaine de la peur, du stress, et les troubles anxieux causés par la pandémie du Covid-19 au Maroc.

Image par la talentueuse Sarah OUALJI (Graphiste )

1- Quels sont les motifs de consultation ( Helpline #dir_li_3lik) les plus répandus ?

On reçoit au quotidien des sollicitations diverses dans le cadre de la cellule d’écoute. Toute sorte de souffrance psychique. Depuis le début du confinement, on pouvait généralement constater que la brutalité de l’événement de la pandémie avait majoritairement suscité un état de stress aigu. Des crises d’angoisse incontrôlables, des comportements compulsifs « lavage excessif » par peur de contamination ! Sans oublier les cas de sevrage forcé avec la mesure du confinement, généralement pénibles à vivre.

Puis en évoluant dans le temps, apparaissaient les répercussions du manque d’activité et de stimulation sociale. Avec des symptômes de régression, notamment la sensation de fatigue physique et psychique, s’y ajoutant l’évolution chronique du stress qui aurait des conséquences néfastes sur la santé mentale et physique des personnes.

Ainsi on peut dire « qu’il y a une véritable vague de perturbations psychiques qui accompagne la pandémie Covid 19».

2- La peur, le stress et l’angoisse sont des termes qui reviennent souvent, comment vous différenciez le diagnostic?

Ce sont des symptômes connectés. Chaque symptôme pourrait être interprété d’un angle particulier.
La peur est une émotion de base qui se déclenche face au danger. Son but principal est de signaler l’état d’alerte au cerveau, afin d’attirer notre attention au danger et de traiter la situation avec efficacité. Il est évident que ce n’est pas agréable d’éprouver un tel sentiment en continu.

Ça devient un stress chronique, et c’est à partir de ce moment-là que la vraie souffrance psychique commence à envahir la personne! Cela est sous-entendu par un cortège de réactions physio-chimiques au niveau de certaines zones spécifiques du cerveau dédiées à coder nos expériences et nos émotions en mémoires, y compris l’expérience de la peur. Ainsi cela retentit sur le système endocrinien et immunitaire qui sont en liens étroits avec le système nerveux, d’où les symptômes corporels que le sujet en état de stress chronique éprouve! Notamment les difficultés à la respiration, palpitations, mal digestion,  l’exacerbation d’éventuelles fragilités organiques préexistantes, et la vulnérabilité aux infections.

Puis il y a la crise d’angoisse, qui est une forme particulière de la peur, de par sa brutalité et l’intensité élevée et des symptômes physiques qui l’accompagnent!  Créant l’impression d’un véritable étouffement avec sentiment de mort imminente. Ces symptômes ne dépassent pas généralement une durée moyenne de 15 minutes, mais leurs répétitions peuvent aboutir à un trouble anxieux difficile à vivre avec, avec altération du fonctionnement plus ou moins importante et la dégradation de la qualité de vie!

3- Les troubles anxieux sont innés, ou acquis?

Les troubles anxieux sont d’origine complexe. C’est le résultat d’une interaction entre plusieurs facteurs individuels et environnementaux. Cela veut dire que la manifestation des symptômes serait éventuellement dépendante du degré de la vulnérabilité génétique et biologique de chaque individu. Ainsi l’ampleur des événements de vie sont aussi variables d’une personne à une autre.

En revanche, d’autres facteurs psychologiques et sociaux participent également dans cette complexité, d’où la difficulté de mettre un tel trouble dans une catégorie distincte. Il faut plutôt identifier le domaine le plus défaillant afin d’orienter mieux le plan thérapeutique, tout en étant conscient de la complexité du trouble et de sa prise en charge.

4- Y-a-t-il des personnes vulnérables ?

La vulnérabilité biologique est tellement variable entre les individus.  On peut trouver  divers degrés et formes des manifestations cliniques de l’anxiété. D’autre part le milieu familial, social et les événements de vie que chacun avait subi au cours de sa vie, sont aussi variables dans leur nature et leur temporalité. Ce qui explique la diversité des fragilités entre les individus, en matière de sévérité, du type clinique de l’anxiété, ainsi qu’au moment d’apparition et l’évolution de la maladie.

5- Disposons-nous de chiffres officiels au Maroc?

Selon une enquête nationale qui remonte à 2007, les troubles anxieux étaient classés deuxièmes après la dépression en matière de prévalence. Le trouble d’anxiété généralisée avait le plus grand chiffre avec une prévalence de 9.3%s%, manifestement ces chiffres sont susceptibles de changer après autant d’années de cette enquête, en sachant que les prévisions de l’OMS tendent plus vers la probabilité d’une augmentation de la prévalence des troubles psychiques avec le temps.

En outre, la pandémie actuelle Covid 19 pourrait susciter une recrudescence des troubles psychiques, tenant en compte les études récemment faites dans d’autres pays.

6- Quel traitement a préconiser en priorité?

En considérant la complexité du trouble, il est difficile de préconiser un traitement spécifique.  Chaque cas nécessite une prise en charge différente, selon la sévérité des symptômes et le profil individuel.  D’où l’importance d’une bonne évaluation du diagnostique pour orienter le plan d’action thérapeutique.

Généralement le traitement peut être médicamenteux ou non médicamenteux, ainsi certaines personnes répondent mieux à la psychothérapie, tandis que d’autres seraient plutôt réceptifs aux médicaments.

7- Vos recommandations

Prenez conscience de ce qui se passe à l’intérieur de soi! Il faut savoir que la conscience n’est pas qu’une dimension abstraite de notre mental. Le fait de la stimuler renforce en réalité une partie distincte de notre cerveau, ainsi cette force peut se convertir en soulagement si sa pratique est correcte et continue.

Demander de l’aide chez un professionnel de la santé, afin d’orienter le diagnostic et le traitement par la suite. En raison de la richesse des symptômes physiques, il serait nécessaire d’éliminer une éventuelle pathologie organique.

Adoptez une bonne hygiène de vie! La pratique d’une activité sportive régulière et l’éviction de certains aliments anxiogènes telle la caféine.

Le patient atteint d’un trouble anxieux a le droit de participer au choix du moyen thérapeutique, la préférence du patient est un critère très important dans la démarche thérapeutique.

 

Par Dr Noura KADIM

Psychiatrie, Psychogériatrie,  Addictologie et psychothérapie 

kadim.noura@gmail.com

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