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“Tirez profit du jeûne en le convertissant en une motivation” Dr KADIM Noura Addictologue

La sacralité du mois de Ramadan, son aspect religieux et culturel sont ancrés dans notre société. Il est également considéré par des personnes souffrantes d’addictions ou leurs proches comme l’occasion rêvée pour le sevrage. Serait-il opportun de saisir cette opportunité du mois sacrée? ou faut il prendre le sevrage avec précaution?

Dr Noura KADIM Psychiatre et Addictologue à Casablanca a répondu généreusement à nos questions relatives à ce sujet de grande importance, et en rapport direct avec les jeunes. Prouvant une fois encore son engagement, et sa solidarité pendant ces temps difficile.

On vous laisse découvrir ses réponses:

1-Comment définit-on une Addiction?

L’addiction est une maladie, reconnue universellement comme telle, dont l’origine est complexe. Touchant principalement le fonctionnement du cerveau, plus précisément « le comportement ». Visiblement un individu atteint de cette maladie adopte un comportement durablement répétitif d’une consommation des substances toxiques ou d’une activité.

L’anormalité de ce trouble ne réside pas uniquement dans son caractère répétitif. Mais aussi dans la perte de contrôle sur ce comportement qui ne cesse de se reproduire malgré les tentatives; devenant ainsi envahissant à la personne qui en souffre, résultant en de nombreux risques et dommages physiques, psychiques et socio-professionnel malheureusement!

2-Est-ce que les addictions sont toutes en rapport avec la consommation des substances?

Les addictions ne concernent pas uniquement la consommation des substances, on peut également rencontrer des sujets atteints des addictions sans substances, dites «les addictions comportementales».  Elles sont aussi diverses que les addictions aux substances, telles les addictions aux jeux de hasard, les jeux vidéo, la sexualité compulsive, et l’alimentation.

Le point en commun entre ces deux types d’addictions est sous-tendu par un phénomène chimique qui se déroule au niveau du cerveau, mettant en jeu des réseaux neuronaux dédiés à la sensation du « plaisir ». Celui-ci n’est qu’une traduction clinique d’une flambée de l’hormone du bien être « la Dopamine » à ce niveau.

Bien évidemment on a besoin de sentir le plaisir pour continuer à répéter des comportements essentiels à notre survie: telle l’alimentation, ou bien pour avoir un sens à ce qu’on a l’habitude de vivre et faire au quotidien, que ça soit au travail ou dans notre vie relationnelle. Néanmoins, les sujets dépendants quelque soit le type d’addiction, se trouvent piégés dans un circuit dysfonctionnel sans fin de «substance-plaisir » ou de «comportement- plaisir».

3-Quelle est la différence entre l’addiction psychique et physique?

Chaque substance agit de manière différente sur le cerveau, avec comme finalité commune; la sensation du bien être et du plaisir; d’où la diversité et la complexité des présentations cliniques des différentes addictions. Par ailleurs certaines substances comme l’alcool sont responsables d’une dépendance à la fois physique et psychique.

Ainsi le sujet atteint d’une addiction à l’alcool peut subir des symptômes au niveau de son corps, comme les tremblements des extrémités suite à l‘arrêt brutal d’alcool, souvent gérés par le patient lui même en ingérant encore de l’alcool. Sur le plan psychique, la pensée de la personne dépendante est dominée par la substance. Comment la trouver ? Comment la consommer ? Tout en se souvenant du plaisir ressenti lors de la dernière consommation.

Suscitant ainsi une envie irrésistible à reconsommer la substance . La prise en charge de cette maladie doit cibler à la fois le volet biologique et psycho-social.

4-Le jeune intermittent est désormais recommandé pour ses bienfaits physiques, est-il aussi bon pour notre santé mentale?

Il existe peu d’études sur ce sujet, toutefois on peut éventuellement considérer le jeûne intermittent comme un médicament quelconque avec des effets bénéfiques et des effets secondaires sur le bien être mental. Manifestement, l’irritabilité et les troubles de sommeil sont souvent observés lors du jeûne. En revanche on peut également constater un renforcement de l’attention, du sentiment de contrôle et de maîtrise de soi, tenant en compte l’effort mental requis tout au long de la journée.

5-Comment profiter du Ramadan pour le sevrage?

L’aspect culturel du mois de Ramadan peut significativement influencer la pensée des sujets dépendants. Rien qu’en anticipant l’arrivée du mois, on parvient déjà à concevoir la volonté de s’abstenir de tout ce qui peut casser le jeûne. Ce faisant l’intention de sevrage peut être envisagée ou renforcée par la même occasion, ainsi certains individus peuvent tirer profit du jeûne en le convertissant à une motivation davantage. Tenant en compte que la volonté et la motivation sont des bases fondamentales dans le chemin de l’abstinence.

cependant un sevrage médicalisé est fortement recommandé afin de prévenir d’éventuels accidents de sevrage.

A la fin, nous vous faisons part des conseils généreux du Dr Noura KADIM.

  • Reconnaître son trouble; la conscience de l’existence d’un problème alarmant est variable d’un sujet à l’autre, la plupart ont une conscience faible, d’autres se trouvent au rond point de nombreuses pensées contrariées. Ainsi d’autres sont plutôt dans la détermination de se départir de l’addiction. De ce fait  il est important de s’observer de l’intérieur afin de pouvoir se situer, potentialiser sa motivation et envisager un plan d’action adapté.
  • Programmer un sevrage ; en raison des risques somatiques et psychiques à l’arrêt des substances toxiques, une assistance médicale est nécessaire afin d’assurer un sevrage sans peine et avec le moindre risque. Ainsi qu’un accompagnement psychologique à long terme afin de maintenir l’abstinence et prévenir la rechute.
  • Favoriser le lien avec la famille dans l’accompagnement; une figure familiale de qualité pourrait bien renforcer la motivation du patient.
  • Lutter contre la première fois ; N’essayez pas substances toxiques ! L’intérêt de cette prévention réside dans la difficulté d’identifier les sujets qui ont une vulnérabilité spécifique à la consommation des substances.

Nous remercions chaleureusement notre invitée pour le temps qu’elle nous a accordé.

Dr Noura KADIM

Psychiatrie, Psychogériatrie,  Addictologie et psychothérapie 

kadim.noura@gmail.com

Ramadan Kareem pour Tous